Combien de fois suis-je passée à côté des gens ? Pas dans la rue mais dans la vie. Passée à côté d'une amitié ou d'un amour, passée à côté
d'une relation sympa tout simplement. Combien de gens ai-je perdus en cours de route ? Pourquoi ?Quand on commence à réfléchir à tout ça, c'est assez effrayant de
constater qu'ils sont nombreux tous ces gens qu'on a plus ou moins côtoyés et qui, finalement, s'en sont allés très loin de nos vies. Je ne parle pas des serments d'amitié qu'on se fait à l'école
primaire ou au collège et qui ne tiennent parfois que le temps d'une années scolaire. A ces âges, on est changeant. On s'attache, on s'oublie et pour paraphraser Sardou dans sa chanson
"L'évangile selon saint Robert" je dirais "ça va du copain de midi à celui de demain matin."
A l'âge adulte, quelques rares personnes ont la chance d'avoir conservé leurs amitiés d'enfance ou d'adolescence. Mais sur le nombre de gens qu'on a croisés entre la maternelle et la fac, il ne
reste souvent plus personne. Quelquefois, je me dis que ça serait sympa de les retrouver comme Patrick Bruel "Place des grands hommes" mais, qu'aurait-on en commun à part quelques heures passées
ensemble sur les bancs de l'école ou ailleurs ? On ne s'est pas construit de souvenirs nouveaux. Il ne reste que les anciens à feuilleter comme un vieil album de photos et plus le temps passe,
plus ils deviennent flous... Oh, on pourrait parler de tout, de rien sans doute et puis même qu'on pourrait (re)devenir amis. Qui sait ?
C'est difficile de conserver une amitié ou même un simple copain ou une copine. On doit (on devrait) préserver les liens par tous les moyens. Chacun devrait faire un pas et, j'ai remarqué que
bien souvent un seul pas manqué efface tout, réduit des années de fidélité à néant... On s'écrit ou on se téléphone à tour de rôle pendant des années et si soudain, même une seule fois, l'un des
deux passe son tour, pour une raison ou une autre, c'est fini... on a du mal à revenir, on hésite, on attend, on espère que l'autre fasse le premier pas, on se dit qu'après tout, s'il y tient
vraiment il le fera, sans penser que, peut-être, il se dit exactement la même chose de son côté. Et les semaines puis les mois passent... et enfin les années. On y pense de temps en temps. On se
dit qu'on devrait écrire, téléphoner, prendre des nouvelles mais on ne le fait plus parce qu'on a peur de déranger. En un an, deux ans, cinq ans, il a pu se passer tellement de choses dans la vie
de l'autre qu'on imagine qu'on va mal tomber ou qu'on sera mal reçu. Il reste les anniversaires, les voeux de nouvel an. Ce sont des occasions prétextes. On tend la perche. On attend, on espère
encore. On obtient parfois une réponse vague, un remerciement poli mais ça s'arrêtera là, on le ressent, on l'a compris... pourquoi ? On ne le sait pas vraiment et on ne le saura
jamais. On met ça sur le compte de la vie qui passe et qui emporte tout. On aurait pu... on aurait dû... on n'a pas réussi. Le courant ne passe plus. On a raté quelque chose, on a perdu
quelqu'un. J'ai essayé le coup de l'anniversaire récemment et c'est ce qui m'est arrivé.
C'est une partie qui se joue obligatoirement à deux et dès que l'un des deux ne veut plus jouer, le jeu est terminé. Game Over. On ne peut pas forcer les gens à revenir dans la partie s'ils
n'en ont plus envie... C'est con. C'est triste. Ça laisse un goût amer. A qui en vouloir ? A personne, ça ne servirait à rien car, après tout, le tourbillon de la vie est le même pour tout le
monde... et si le hasard a fait qu'on s'est perdu de vue, on ne peut pas y changer grand chose, malheureusement. Et pourtant, chaque fois, on se dit qu'avec les prochaines personnes qu'on
rencontrera ce sera différent, qu'on ne se perdra pas mais on n'en sait rien. On est maître d'une partie du jeu, la nôtre... l'autre a la sienne et au milieu coulent les hasards et les aléas qui
feront que peut-être à nouveau on s'éloignera l'un de l'autre ou qu'au contraire on restera soudés.
Cette personne à qui je viens de souhaiter l'anniversaire, je la considérais comme l'une de mes meilleures amies il y a quelques années...Il ne reste plus rien qu'un gentil "merci" fort cordial
entre nous deux. Elle ne me devait rien de plus. C'est moi qui la considérais comme une amie après tout. Elle ? Sans doute qu'elle m'aimait simplement bien, sans doute qu'au moment où je l'ai
rencontrée elle avait envie de lier connaissance et que le hasard a fait qu'on s'est entendues plutôt bien au point de partager pas mal de bons moments ensemble. Et puis voilà.
La page est tournée, le livre est rangé. Tous ces "ratages" sont autant de petites (ou de grosses) cicatrices que l'on croit fermées mais qui s'ouvrent parfois, encore, de temps à autre, quand à nouveau on comprend que l'on est passé à côté de quelqu'un.