Faire semblant, encore et toujours. Jouer cette comédie que la société impose, comédie du bonheur, de la joie de vivre, de l'humour. "Je
vais bien, tout va bien", mais bien sûr... Le contraire dérange, perturbe ou agace. On est gênant quand on ne va pas bien. Les autres ont leurs problèmes et n'ont pas envie, ce qui peut se
comprendre , de s'encombrer des noires pensées d'un quidam qui, finalement n'est rien pour eux. Alors, jouer, encore et toujours. Plaisanter, tourner ses emmerdes en dérision... tout le monde se
marre, on prend tout à la légère, on est cool, zen ! Et puis, d'abord, c'est quoi tes problèmes à toi, hein ? C'est moins pire que le mec qui vient d'apprendre qu'il va mourir d'une saloperie
? C'est moins pire que celui qui vient de perdre toute sa famille dans un accident d'avion, de voiture ou de train ? Ben alooors, tout va bien, non ? De quoi tu te plains ? Oh, t'es chochotte
aussi. Un poil de travers et tu as le moral dans les chaussettes, faudrait voir à être moins sensible, petite ! Ben oui, je sais... mais c'est à partir de quand qu'on a le droit de pleurer ?Elle
est où la limite entre la gérémiade injustifiée et presque indécente et le gros chagrin véritable et légitime ? Comment je fais, moi, pour savoir si ce que je vis est vraiment douloureux ou
bien si c'est juste un caprice de midinette ?
Je sais pas justement... je me sens coupable et pourtant j'ai cette espèce de boule au creux de l'estomac qui me dit que je suis pas bien en ce moment. J'ai ces instants de total découragement qui
me plombent le moral. J'ai cette envie d'envie de rien comme dit la chanson (je ne sais plus laquelle). Pourquoi ? Je ne sais pas... Je ne sais plus. Je relativise, je déconne, je prends tout ça à
la rigolade mais, seule dans le noir, je ne relativise plus, je ne rigole plus... Alors, demain, je jouerai encore à faire semblant... comme d'habitude.