Je pense qu'ils doivent bien se marrer. On est là avec nos caricatures, nos images, nos dessins, nos insultes, nos déclarations, nos états d'urgence en alerte maximum, nos propos outragés, nos hommages, nos drapeaux en berne. On est révolté, choqué, terrorisé. On regarde avec horreur les carnages. On se lamente sur les blessés, sur l'injustice, sur la cruauté, sur la débilité de ces actes odieux. Mais eux ? Ils ont les armes. Ils ont les bombes. Ils n'hésitent pas, ne reculent pas. Ils font tout sauter sans scrupule, avec fierté. Et après, ils nous regardent gigoter dans tous les sens en prétendant qu'on n'a même pas peur. C'est faux. Ils savent que c'est faux. Ils sont partout et nulle part à la fois. Ils sont comme des anguilles qui glissent sans cesse entre les mailles des filets dérisoires des gouvernements. On en a capturé un, un chef, un "important" ? Qu'à cela ne tienne ! On va nous prouver qu'il y en a d'autres, prêts à agir à la seconde. On les attend à Londres ou à Paris ? Ils attaqueront ailleurs : Bruxelles aujourd'hui et demain ? On va mettre des ultra-protections mais, depuis un an, on était déjà en ultra-protection ! On était en alerte écarlate depuis quand ? On sera en alerte quoi désormais ? La menace est là, tout le temps là et, au cas où, les médias font en sorte qu'ils sachent bien où on les attend afin de pouvoir perpétrer leurs crimes ignobles ailleurs.
Certains affirment qu'on est en guerre. Sans doute. Mais en guerre, on connaît l'ennemi et on peut le contrer. Ici, qu'est-ce qu'on sait ? Qu'ils sont partout, qu'ils sont armés, qu'ils n'ont ni scrupules ni conscience, qu'ils sont prêts à tout, partout, à chaque instant. Et ça, ce ne sont pas des panneaux "vigipirate" écarlates ni des barrières de sécurité placées devant les endroits stratégiques qui vont le changer. Evidemment, il y aura toujours un parti politique ou un autre qui prétendra faire mieux, faire autrement et vaincre la menace. Mais, la vérité, c'est que personne ne sait comment on peut vaincre ça. Parce que c'est partout et que ça peut frapper à chaque instant. Je ne sais pas si c'est invincible mais vu d'ici, c'est quand même l'impression que ça donne.
Il nous reste les dessins, les caricatures, les insultes et le soutien que nous pouvons nous apporter les uns aux autres. C'est bien peu mais puisqu'on n'a rien trouvé d'autre...