On m'a souvent expliqué ce qui me "manquait" pour être à l'aise en société et pour être mieux acceptée. Je ne parle pas ici des gens que je fréquente et qui ont pris le temps de me connaître. Je parle des inconnus que je suis amenée à croiser ici ou là. Je ne suis pas du genre "amical". On ne vient pas vers moi comme ça. Pour les anciens qui se souviennent de la pub, même si je portais du parfum "impulse", aucun inconnu ne viendrait m'offrir des fleurs. Je ne suis pas sociable. On m'a donné des conseils. Souvent. On m'a dit qu'il fallait sourire, être plus décontractée, moins coincée, plus cool, moins sérieuse... Et j'ai essayé de mettre plusieurs des conseils en pratique. Parfois même cela m'a demandé un effort assez important. Mais le résultat est toujours le même. Je ne suis vraiment pas à l'aise avec les gens que je ne connais pas. Je n'y arrive pas. Ils le ressentent toujours et je me sens encore fréquemment - non pas rejetée - mais indigne d'intérêt. Je finis par me dire que ça doit être ainsi.
En fait, quand j'y pense, je n'ai jamais appris à être "avec les autres". Puisque je suis fille unique, ça n'a pas aidé mais, il y a plein d'enfants uniques qui se débrouillent très bien en société. Mes parents ne fréquentaient quasiment personne. Ou alors rarement, et de moins en moins au fil des ans. A l'école maternelle, je n'y suis pas allée ou presque. En primaire, j'ai joué à être un garçon les 3/4 du temps donc, tout était faussé. Je n'avais pas de copains ou de copines qui venaient à la maison et je n'avais pas le droit d'aller chez les autres (je ne me souviens pas d'avoir été invitée d'ailleurs...). En vacances, nous partions seuls. Restions seuls. Ne fréquentions personne. Si, une fois, en camping. Mes parents s'étaient fait des amis. J'avais 7 ans. Je m'étais fait une amie aussi. Et un jour, sa mère m'a invitée à aller prendre le goûter dans sa caravane. J'y suis allée. Ma mère a débarqué comme une furie et m'a dit qu'on n'allait pas chez les gens comme ça, que c'était mal poli. Bon.
Au collège, l'horreur. On zappe. Je n'ai connu personne d'intéressant. J'ai pris conscience de la méchanceté et j'en reste traumatisée. Au lycée, c'était mieux mais je n'ai pas eu d'amie non plus. Là, j'étais parfois invitée mais trop angoissée pour accepter. Je me souviens d'une soirée que j'avais passée chez ma copine de terminale où j'avais stressé tout le temps à l'idée de ne pas rentrer chez moi. C'était la toute première fois que je dormais ailleurs que chez moi, sans ma mère... Quand j'entends des collègues qui disent que c'est pas normal que des gamins de 6e ne veuillent pas quitter leurs parents pour une nuit, je me dis que moi, à 18 ans j'en étais malade aussi... Ensuite, il y a eu des voisins qui sont devenus des amis, mes premiers amis même si on a fini par se perdre de vue, plus ou moins.
A la fac, ça s'est arrangé. Heureusement. Mais, quand même, en ayant attendu 21 ans pour avoir enfin une amitié qui dure (car les autres amitiés étudiantes ne furent que de passage), je me dis que j'ai dû rater des étapes dans la "formation". Ben oui, vous savez bien, on dit qu'on apprend tout, y compris la sociabilisation quand on est petit. Les codes, tout ça. Moi, parfois, je me dis qu'il doit me manquer des codes, des trucs. Peut-être que je n'ai pas toujours le comportement adéquat parce que je ne l'ai pas "appris" et intégré à l'âge "normal". Est-ce inné ou acquis d'ailleurs, cette chose ? Est-ce qu'on naît sociable ou est-ce qu'on le devient ?
Cela ne veut pas dire que je suis une espèce de sauvage, non, je ne pense pas. Juste, il me semble, que je manque de repères en matière de relations humaines. Une fois que les gens sont entrés dans mon cercle intime, ça va... au point de les considérer presque comme des frères ou des sœurs plutôt que comme des amis... Mais, quand je ne connais pas, je perds tout naturel et surtout je me sens très mal à l'aise, comme si, même encore aujourd'hui, j'allais me faire jeter comme au collège. Je n'y peux rien... ça reste en arrière-plan. Avec l'âge, ça s'arrange un peu, je crois. Mais, force est de constater que malgré mes efforts pour sembler plus à l'aise, je ne le suis toujours pas avec des gens inconnus. Il faut croire qu'on ne change pas sa nature profonde aussi facilement.