Quand j'étais petite, je jouais à ça. Enfin, le mien n'était pas aussi joli. Je le fabriquais moi-même. Avec un marqueur sur des planches de bois. J'avais des petits panneaux de signalisation que j'installais par-ci, par-là et je traçais des routes. Je disposais ensuite les petites maisons que mon père avait montées pour décorer le parcours d'un train électrique qui n'a jamais vu le jour.
Une fois que c'était fait, quelques petits personnages venaient jouer le rôle des passants et mes petites voitures pouvaient rouler dans leur mini ville.
Déjà j'aimais conduire. Du moins faire semblant. Je ne jouais qu'aux petites voitures ou avec des animaux en plastique, puis avec des playmobils, plus tard. Je me créais tout un univers où la voiture était la reine. Je baignais dans l'univers des voitures puisque mon père travaillait dans un garage. Je suppose que je me disais que c'était une sorte de lien entre lui et moi. Notre passion pour l'automobile. Nous parvenions à nous rejoindre, sans jamais en parler, dans cet univers.
Pourtant, il n'a jamais accepté l'idée que je puisse conduire une vraie voiture. Surtout pas la sienne. Au début, je ne voulais pas passer mon permis parce que je me disais que jamais je n'aurais de voiture à moi. Et puis, je l'ai passé. Je l'ai eu, au bout de trois fois... un peu minable sur ce coup-là... Conduire est devenu rapidement essentiel. Une journée où je ne conduis pas n'est pas une bonne journée. J'exagère un peu mais à peine. Et, bizarrement, lorsque je conduis, c'est toujours le seul moment où je me sens "proche" de mon père, comme s'il m'avait légué cette passion, comme si ce lien mystérieux qui nous unissait - le seul sans doute - était un peu là, présent quelque part, à chaque fois que je suis au volant de ma voiture.