Quand on parle de la banalisation de la violence, c'est vraiment un fait
vérifiable tous les jours lorsqu'on fréquente des jeunes. Je regardais tout à l'heure aux infos ce gamin qui a été roué de coups parce qu'il avait refusé de participer à un jeu où, justement, il
aurait été roué de coups. Quelle ironie du sort. Un jeu. Et il y en a beaucoup de ces jeux dangereux. Le problème c'est que les gosses n'ont pas, ou n'ont plus conscience des dangers. Comme dans
les jeux vidéo, on redémarre au point où on s'est fait tuer et on continue jusqu'au prochain niveau.
Quand j'étais à l'école, primaire ou collège, je savais, par exemple, que tomber
dans les escaliers c'était dangereux, qu'on pouvait se faire très mal. Tout à l'heure, dans la cour du collège, au moment où les élèves nous attendent dans les rangs (plus ou moins rangés
d'ailleurs), je voyais un de mes élèves faire des croche-patte à tous ceux qui passaient à sa portée... juste comme ça, d'un geste presque mécanique, il regardait ailleurs et en même temps, comme
un réflexe, essayait de faire tomber les autres... L'an dernier, un élève de 6e aussi avait tapé un autre élève qui était déjà en train de se faire taper dessus. A la question "pourquoi ?", sa
seule réponse a été : "je sais pas, comme ça, j'ai eu envie." Autre exemple, l'assistante sociale voit un gamin qui bouscule un autre juste avant les escaliers. Elle dit au "bousculeur" :"Eh,
fais attention, s'il tombe dans ls escaliers, il se tue"... réponse de l'élève : "Mais non, m'dame, il a l'habitude et pi, il va pas se tuer pour ça, hein !" et là, gros éclat de
rire...
C'est même plus de la banalisation c'est carrément une perte de conscience de la
violence. Ils n'ont plus idée qu'un geste est violent. De la même façon que de se dire "Hey, salut p*d !" ou bien "J't'adore ma s*alope !" c'est entré dans le langage courant, commun, banal,
normal et ce sont des mots gentils pour eux, entre eux...
Alors, évidemment, que fait l'Education nationale ? Pourquoi laisse-t-elle ces
gosses agir ainsi ? Eh bien, peut-être parce que ce n'est pas à elle seule d'expliquer à des enfants que balancer un caillou ou une branche sur la tête des copains, ça peut faire très mal. On le
fait, souvent, mais, ils nous regardent l'air de dire "Cause toujours, tu m'intéresses..."Lorsqu'on leur dit que tel ou tel acte peut "tuer", mot quand même assez fort pour faire peur,
croirait-on, on obtient un sourire narquois et un "Pffff, n'importe quoi !" qui en dit long sur leur mentalité et leur inconscience.
Je sais qu'à l'adolescence on se croit tout puissant et immortel mais, faut pas
pousser. Comment en arrive-t-on à ce genre d'extrêmités ? Et dire que dans mon collège, on a des gamins globalement calmes et sympa... je n'ose imaginer ce que vivent les collègues qui
travaillent dans des quartiers chauds et les collèges à risques...