Le dernier article de Maître Po m'inspire. Il vient de rendre
un magnifique hommage à son chat, Bubulle. Tout ce qu'il dit sur ce miracle de l'amour d'un animal est tellement vrai et profond. On aime son animal et on en est aimé en retour sans
faux-semblants, sans tricheries, sans hypocrisie. Le lien qui nous unit à lui est très fort et assez exceptionnel, au point que ceux qui n'ont jamais eu d'animal ne peuvent pas comprendre.
Avec un animal que l'on aime et qui nous aime, tout est tellement simple. Pas de questions à se poser. Et puis, surtout, pas besoin de cette foutue pudeur qui nous empêche de dire tellement de
choses... Je peux dire à mon chat que je l'aime. Je sais que même s'il ne comprend pas les mots, il ressent ce que je veux dire et il sait que c'est vrai. Avec les humains, c'est tellement
différent... Je ne peux pas dire aux gens que j'aime ce que je pense. D'abord par pudeur. Les mots ne viendraient pas et puis même s'ils venaient ils ne seraient pas à la hauteur. Et puis aussi
par peur. Les gens veulent bien qu'on les aime mais dès qu'on le leur dit, on se met en danger... L'amour fait peur aux amis... On peut les aimer mais en silence parce que si on le leur dit,
aussitôt ne vont-ils pas se demander si on n'est pas "amoureux" ? Eh oui...
Et puis, bien sûr ce ne seraient que des mots... rien de plus, rien de moins, futiles ou profonds, sincères ou hypocrites, éphémères ou durables. Parfois, pour certains, c'est facile de dire
qu'ils aiment quelqu'un, très vite même, trop vite peut-être. Les mots d'amour ils les jettent comme autant de petits cailloux... tout autour d'eux comme autant de chemins qu'ils ont
commencé à prendre mais qu'ils ne suivront pas jusqu'au bout, sans même en avoir toujours conscience d'ailleurs.
Moi, j'ai toujours gardé précieusement, dans mes poings fermés, mes petits cailloux parce qu'avec les mots d'Amour (attention, je parle d'Amour au sens large et pas de relation amoureuse !), je
suis comme ça... pudique, effrayée, renfermée. J'ai conscience que ce ne sont que des mots mais j'aimerais pouvoir les partager, lancer mes petits cailloux et suivre jusqu'au bout tous les
chemins qu'ils me montrent. J'aimerais inventer les mots qui me manquent pour exprimer avec une parfaite précision ce que j'ai en moi. Mais, qui les comprendrait, mes mots ? Qui les croirait
même ? Qui n'y verrait pas quelque chose de malsain ? De louche ? De désespéré ? De stupide ? De pitoyable ? On n'a pas toujours le droit d'aimer. Parfois, je voudrais tellement
les entendre aussi... mais les croirais-je ? Moi qui doute toujours de tout... et si jamais j'y croyais, si par miracle j'y croyais, peut-être que je me laisserais bercer par un mirage qui ne
signifie pas grand chose finalement...
Je reste donc ainsi, les poings serrés, ensanglantés par les cailloux que je ne lâche jamais, tenaillée entre l'envie de dire et celle de me taire, l'envie d'entendre ces mots qui me manquent
tant et la peur de me perdre sur un chemin qui n'arrive nulle part.