L'article de Mel me fait réagir. Oui, les gens, enfin souvent, deviennent des saints à leur mort. Leur ardoise est effacée direct. Enfin, on dirait. C'est amusant parce que même dans ce genre de circonstances, l'hypocrisie est encore omniprésente.
A la mort de mon père, j'ai refusé d'entrer dans ce jeu. De son vivant, il ne m'a jamais fait de mal mais c'était un père "ancien modèle" qui a toujours su conserver sa petite vie de célibataire tout en ayant une famille. Il était gentil, pas de souci mais posait quand même certains problèmes, surtout dans les dernières années de sa vie. Ma mère et moi étions "soulagées" de sa mort. Choquant ? Apparemment ! Quand nous sommes allées à l'église pour préparer les funérailles, la personne qui nous a reçues espérait du désespoir et du larmoyant. J'ai choisi les textes les plus neutres. Bien sûr que j'avais des souvenirs agréables avec mon père mais, tellement peu finalement... Sa vie professionnelle, on a pu en parler un peu parce qu'il avait toujours bien fait son métier. Ensuite, on a pu dire qu'il était gentil... pas trop chiant même si, là aussi, je me rappelais des milliers de fois où on m'avait demandé de me taire parce qu'il ne fallait pas qu'il soit au courant de ci ou de ça. C'était devenu très pesant. Toujours tout cacher pour préserver la paix du foyer.
La cérémonie a été sobre mais ça n'a pas empêché qu'elle soit bien. A l'image de ce que je voulais : pas d'hypocrisie larmoyante. Ça aurait été ridicule. On n'en a pas fait un saint. Pas un démon non plus, évidemment. On n'est pas rentré dans les détails qui faisaient que la vie n'était pas simple avec lui parce que ça ne regardait personne... mais, on n'a pas non plus essayé de le rendre soudain exceptionnel. Mort ou pas, rien n'est oublié. Les choses sympa sont restées mais le reste aussi.
Dans l'église, il y avait plein de monde. C'était bien parce que mon père était apprécié des gens pour son côté gentil, serviable, aimable, poli... C'était tout ce qui comptait. Inutile d'en faire plus. A un moment, quelqu'un m'a dit "Mais, c'est bizarre, ta mère et toi avez l'air presque mieux maintenant." J'ai répondu que ce n'était pas qu'un air. Notre vie allait être bien plus simple. Ce n'était sans doute pas la réponse attendue. Tant pis. C'était la vérité. Le reste n'est que littérature, comme on dit. Cette même personne, sans doute vraiment intriguée par ma réaction m'a demandé quelques mois après si mon père me manquait et j'ai répondu que celui qu'il aurait pu être me manquait mais pas celui qu'il était. Là encore, je crois qu'elle n'a pas compris... mais, mon père, ça faisait 15 ans qu'elle ne l'avait pas vu.
Tout ça pour dire que je n'ai pas l'impression d'avoir été une mauvaise fille en organisant ses funérailles comme je l'ai fait. Au contraire, je pense avoir été honnête vis-à-vis de tout le monde. Il n'était pas question d'en faire un saint puisqu'il était bien loin d'en être un mais, évidemment, pas question non plus d'en faire un monstre parce là aussi il était très loin d'en être un. A l'époque, je lui en voulais pas mal mais, aujourd'hui, j'ai fait la paix avec son souvenir et, je reste sur ma postition : il aurait pu être un père parfait mais il en a décidé autrement. Il avait sûrement ses raisons. Tout le monde a ses raisons.
L'hypocrisie autour des gens morts me hérisse le poil, sans doute encore plus que l'hypocrisie quotidienne, parfois nécessaire. Même si ça fait mieux d'en faire des tonnes, il y a des gens pour qui c'est trop... Ils n'étaient pas des saints, tout le monde le sait lors, autant le reconnaître par respect pour la personne disparue, finalement ! Remodeler son image au moment de son décès est une forme de trahison, je pense et faire semblant ne permet pas de refaire l'histoire. Juste de l'édulcorer pour les autres, mais à quoi bon ?