De plus en plus, je vois sur les blogs et dans la vie... j'aurais dû commencer par la vie réelle peut-être ?Enfin bref, peu importe... là n'est
pas le sujet... donc, je disais que de plus en plus, je vois des hommes, des papas, qui s'occupent de leurs enfants, qui démontrent à leurs enfants qu'ils les aiment, qui parlent d'eux avec de
l'émotion et de l'amour dans leurs propos Ils s'émerveillent de ce que font leurs enfants, ils le racontent, accordent de
l'importance au petit être à qui ils ont donné la vie. Il m'arrive aussi, d'ailleurs, de plus en plus souvent, de recevoir des pères au collège lors des réunions parents/profs, des pères
attentionnés qui ont l'air d'avoir une relation vraiment privilégiée avec leur enfant.
Chaque fois que j'assiste à ce genre de scène, ça me touche parce que dans mes souvenirs, un père c'était pas ça... enfin, le mien n'était pas comme ça. Il ne faisait que passer dans ma vie, sans
jamais s'y arrêter. Me connaissait-il ? Je ne crois pas... Il avait quelques vagues idées concernant les enfants et savait par exemple qu'il vaut mieux leur donner la main pour traverser la rue,
qu'il faut leur mettre un manteau et une écharpe s'il fait froid. Mais ça s'arrêtait là. Nous nous croisions tous les jours, sans plus. C'était "le monsieur qui occupe l'une des chambres de la
maison". Chaque soir il rentrait de "dehors", un "dehors" qui n'appartenait qu'à lui et auquel je me sentais étrangère. Quand il rentrait, il râlait, criait, mangeait et allait dormir. Le matin,
plus calme, on pouvait l'approcher mais pour lui dire quoi ? Le samedi et le dimanche, il sortait encore mais cette fois, il n'allait pas travailler alors que faisait-il toutes ces longues heures
durant lesquelles on ne le voyait pas ? Ma mère me disait simplement "Quand il rentrera, tu seras sage, hein."A peine rentré, même scénario que dans la semaine sauf que là, il ne râlait pas après
son travail mais après d'autres choses... Y'avait des sujets à ne pas aborder... mais la difficulté c'était que ça changeait tout le temps...alors, difficile de ne jamais mettre les pieds dans
le plat.
Je me souviens que, pourtant, tous les soirs, je me postais à la fenêtre et j'attendais de voir sa voiture se pointer au bout de la rue. Il allait rentrer. La maisonnée serait au complet (je
crois que c'est ça qui m'importait) mais l'ambiance allait changer aussi... Il y aurait des choses à ne pas dire, à ne pas faire. Il y aurait surtout des colères incompréhensibles, des portes qui
claquent, des reproches qui fusent... y compris cette phrase que j'ai souvent entendue "Pourquoi elle est encore malade ?"... en parlant de moi. Je n'avais pas l'impression que ma mère pouvait
répondre à cette question et pourtant, il la lui posait...
Il aurait pu être quelqu'un de bien, je pense... s'il l'avait voulu. Il aurait pu être de ces pères attentifs et compréhensifs aussi. On aurait pu se recontrer et se connaître... on aurait pu
s'aimer même. Ca ne s'est pas passé comme ça, dommage. Alors, aujourd'hui, quand je vois des vrais papas, je me dis "Pourquoi pas moi ?"... Le mien, je ne l'ai jamais appelé "papa" et même encore
aujourd'hui, ça reste "mon père" comme je dirais "mon voisin". Alors, voir des papas, ça me fait tout drôle ; c'est pas de la jalousie, pas non plus vraiment des regrets. C'est plutôt une tristesse
étrange, celle de n'avoir pas connu ou en tout cas ressenti l'amour d'un père.