On avait dit que les plumes d'Asphodèle revenaient aux vacances et elles sont revenues, pour mon plus grand plaisir ! Le thème : la solitude.
Voici les 22 mots qui étaient imposés :
angoisse, silence, assourdissant, rue, paix, musique, exister, ténèbres, se ressourcer, naviguer, espace, bienfaisant, errance, vide, partager, austral, assis, ambivalent, manque, obsidienne, orage, onde.
Et mon texte :
« Ah les amis, j'vous jure, l'été austral, il n'y a que ça de vrai pour se ressourcer ! ».
Assise avec ses amies, elle raconte ses vacances. Elle a pris un bateau et a navigué jusqu'à son havre de paix. Elle leur explique à quel point c'était bienfaisant sauf un jour d'orage où elle a eu très peur.
Derrière elles, il y a la rue et son vacarme assourdissant mais je les entends quand même. Un peu plus loin, un autre groupe que je connais bien aussi. Nous fréquentons les mêmes cours depuis plusieurs mois. Je les ai toujours trouvés fort sympathiques. De loin. Ils parlent musique. Chacun raconte ses expériences, explique ses goûts. C'est intéressant.
D'autres étudiants, derrière moi. Ceux-là parlent pierres et minéraux. L'une des filles semble s'y connaître et elle croit aux pouvoirs de l'obsidienne. Et moi, j'écoute en silence perdue et invisible dans mon espace qui ne rejoint jamais le leur. Ce n'est pas qu'ils m'évitent ou qu'ils ne m'aiment pas. Ils ne me voient pas. Je n'existe pas. Pourtant, quelquefois, au hasard d'une conversation, je m'aperçois que nous partageons pas mal de choses.
Mes ténèbres s'opposent à leur lumière depuis toujours. J'aimerais oser aller vers eux et leur parler mais ils fuient instinctivement mes ondes négatives. Apparemment. C'est ce que je me dis pour calmer mes angoisses et justifier leur indifférence. Dans un sens, je préfère cela à l'attitude ambivalente que j'ai déjà dû supporter, celle où l'on te fait croire que tu fais partie du groupe pour mieux te rejeter, avec perte et fracas. Dans ces cas-là, je me suis sentie plus vide que jamais. Inutile. Insignifiante. Ici au moins c'est clair. Je les écoute et fais semblant d'être avec eux. Je suis en manque d'eux, en manque de contacts, en manque d'amis, en manque d'amour aussi. Pourtant, il me faudra me contenter de ces conversations volées pour continuer à m'imaginer que je vis un peu, à travers eux.