"Nous portons tous des masques, mais vient un temps où on ne peut plus les retirer sans s’arracher la peau." André Berthiaume.
Y'a un truc qui m'agace, et qui ne devrait pas, c'est lorsqu'on me dit que je suis zen. Mon kiné encore me l'a dit et c'est pas la première fois :"Oh, vous êtes cool, vous, toujours tranquille." Au boulot aussi, plusieurs fois, quand je disais que je m'étais énervée face à un élève "Toi ? Enervée ? J'y crois pas !". D'autres trouveraient que c'est un compliment, je suppose. Pas moi. S'il y a bien un truc que je n'ai jamais été c'est zen, cool et tranquille. Quand je dis jamais, c'est JAMAIS.
Pourquoi est-ce que je donne cette impression alors ? Pourquoi personne ne voit à quel point je ne suis pas calme ? Parce que je n'explose pas (sauf en cours), je ne me fâche pas(sauf en cours), je ne hausse presque jamais le ton (sauf en cours), je ne fais pas de bruit(sauf en cours). Et pourquoi, ça ? Oh, je le sais bien... Je ne veux pas me faire remarquer, ou le moins possible. D'un côté, j'aimerais parfois que ceux qui m'entourent comprennent certaines choses mais, d'un autre côté, je serais gênée si c'était trop le cas, et je sais que je me réfugierais derrière mon "je vais bien, tout va bien." habituel... Je ne me donne pas le droit de dire les choses. Je m'autorise parfois à les écrire, c'est tout. Quelques personnes savent lire entre les lignes et, je pense, savent que je ne sors presque jamais sans mon masque de zénitude... Je suppose que c'est la force de l'habitude parce que pendant longtemps il a fallu jouer à "même pas mal" afin de n'inquiéter personne, pas même moi.
Mes petites parenthèses (sauf en cours) pourraient laisser penser que je suis davantage moi-même en cours. Pourtant non. Puisque c'est un peu du cinéma. J'explose sur des détails. Pas sur ce qui est important. Pas du tout. C'est pas l'endroit pour ça ! Donc, je fais semblant... là aussi.
A force de faire semblant, je ne sais plus trop, finalement, ce que je ressens, ce que j'ai le droit de ressentir, ce qu'il faudrait ressentir alors, j'adopte une forme de neutralité qui me permet de me fondre dans la masse au point de me faire oublier (et de m'oublier moi-même, de temps en temps). Est-ce une forme d'hypocrisie ? Je ne sais pas. Je ne crois pas. Je ne fais plus vraiment exprès. C'est devenu naturel. Je souris lorsqu'il le faut, parce qu'il le faut. Ai-je envie de sourire à ce moment-là ? Pas toujours. Pas souvent. Mais comment expliquer que ce n'est pas le bon moment ? Lorsque ça devient trop pesant de faire semblant, je m'isole, c'est encore la meilleure solution que j'ai trouvée pour ne froisser personne. Parce que ce sont des choses qui ne se disent pas. D'ailleurs, comment les dire ? Ce que je sais au fond de moi ne se dit pas. Ne s'écrit pas non plus.
Je suis donc une angoissée chronique qui donne l'impression d'être zen. Je dois m'y faire. Après tout, c'est l'image que j'ai choisie de donner. Je dois la subir puisque je ne parviens plus à m'en défaire tellement elle est incrustée en moi, tellement elle a l'air d'être moi. A moins que ce ne soit le contraire... que je sois une fausse angoissée et une vraie calme, toujours apte à faire face à toutes les situations, imperturbable... J'en sais rien. J'ai juste l'impression que le jour où ça va péter, ça sera style Hiroshima puissance 10... mais, si ça se trouve, ce n'est qu'un pauvre pétard mouillé qui ne fera pas grand bruit.