Les mots qui vont surgir savent de nous des choses que nous ignorons d'eux. René Char.
Tout à l'heure, je me disais que lorsque j'écrivais des poèmes, dans mon jeune temps, j'éprouvais moins de scrupules ou de gêne à parler de
certaines choses, de certains sentiments. Bien sûr, déjà, il y avait des sujets que je n'abordais pas alors que pourtant ces poèmes n'étaient que pour moi; il était très rare que je les fasse lire
à quelqu'un. Les sujets, c'était un peu les mêmes que ceux que je n'aborde pas ici ni ailleurs... cependant, il y avait des pudeurs qui disparaissaient avec la poésie un peu comme si l'écriture
artistique (je ne dis pas que j'étais une artiste mais j'essayais de donner une forme artistique à mon écriture) permettait de vaincre tous (ou presque tous) les tabous. Comme si, soudain, le fait
de faire rimer "pleurs" avec "malheurs" ou bien "souffrance" et "offense" m'autorisait à dire ce que je ne dis jamais autrement, avec les mots de la vraie vie.
Quelle différence ? Ce sont les mêmes mots. Le but, lui aussi, était un peu le même : se libérer. Et pourtant, pas de pudeur, ou en tout cas
beaucoup moins... Vous allez me dire que j'ai écrit mes poèmes quand j'étais jeune et que donc, peut-être qu'à l'époque, j'osais davantage dire les choses. Mais non. Je pourrais écrire à nouveau un
texte poétique dans lequel j'accepterais de mettre certains maux en mots mais pas dans un article comme celui-ci... je ne le peux pas.
Le problème ne vient pas non plus du fait que vous me lisiez. D'ailleurs, mes tout premiers articles présentaient des poèmes où j'évoquais ces choses-là. Si j'avais voulu les censurer, je les
aurais supprimés, tout simplement, en constatant que j'avais des lecteurs... mais ça ne me dérange pas que vous lisiez ces textes. En revanche, ici, maintenant, en prose, comme dans la vie, je ne
vous dirai rien de tout cela. C'est impossible... Je n'arrive pas à vous donner mes mots... parce que je ne les trouve pas et puis d'ailleurs: "Les mots ne suffisent presque jamais pour rendre précisément ce que l'on sent" Denis
Diderot.
La solution est simple, me direz-vous... pourquoi ne pas écrire des poèmes ? Tout simplement parce que je ne
trouve plus, depuis bien des années, l'inspiration qu'il me fallait pour le faire... C'est dommage mais c'est malheureusement ainsi. J'aime toujours écrire mais la poésie ne veut plus de mes
mots.