Il y a plusieurs années maintenant, m'inquiétant de ne plus avoir de nouvelles de celui qui s'était longtemps prétendu mon "meilleur ami", je lui ai écrit. C'était pour le nouvel an. Je lui ai fait remarquer que ça faisait plusieurs mois... plus d'un an même qu'il ne m'avait plus donné de nouvelles alors qu'auparavant, c'était plus ou moins régulier... Je lui ai dit que ça ne se faisait pas de laisser tomber les gens comme ça, sans explication et que, par amitié, on peut dire les choses, même si elles ne sont pas simples à avouer. C'est vrai que ma lettre n'était pas des plus sympathiques mais je me sentais trahie. Il avait quelqu'un dans sa vie et je pouvais comprendre qu'elle lui prenne du temps mais, il m'avait dit que ça ne changerait rien à notre amitié... donc, je lui ai dit ma façon de penser. J'ai horreur des faux semblants et des situations bâtardes or, un ami qui disparaissait comme ça, sans raison apparente, j'estimais que j'étais en droit de me demander si c'était toujours un ami.
Suite à ma lettre, il m'a répondu qu'effectivement il n'avait plus donné de nouvelles mais qu'il estimait qu'il n'avait pas à le
faire vu que justement nous étions amis. Interloquée, je lui ai demandé de s'expliquer. Il m'a servi une espèce de discours sur le fait que dans la vie on construit différentes relations que l'on
pourrait assimiler à des maisons. Une fois qu'une maison est bâtie, que les fondations sont solides, même si on quitte la maison, elle ne s'effondre pas... et pour lui, il en était de
même pour l'amitié. Il pensait que notre "maison"-amitié était solide et qu'il pouvait la quitter aussi longtemps qu'il le souhaitait sans qu'elle se retrouve réduite en poussière. Il était
parti pour construire une autre maison et ça lui prenait du temps... beaucoup de temps. Selon lui, j'aurais dû comprendre et surtout attendre, quitte à ne jamais plus rien voir venir.
En fait, il avait réussi à inverser les rôles. Je passais pour celle qui avait détruit notre amitié en ravageant notre maison par l'ouragan de mes caprices. Lui était simplement parti (un an et
des brouettes...) mais aurait bien fini par revenir (un jour, peut-être, éventuellement, si...), au moins en visite de temps en temps, voire rarement. Et pendant longtemps, je me suis
effectivement sentie coupable. Il avait tout gagné ! Il partait, il m'abandonnait, mais il avait le beau rôle! Je me suis dit que j'avais eu tort de le relancer, que j'aurais dû le laisser vivre
sa vie et construire toutes les maisons qu'il voulait autour de la nôtre, même loin de la nôtre, qu'importe. Que c'était mon impatience qui était responsable de ce fiasco et de toute la peine que
je ressentais. Il avait réussi à me faire gober que notre maison avait une réelle importance pour lui et que c'était bien moi qui l'avais détruite, toute seule, comme une grande en voulant le
"forcer" à revenir vers moi, égoïste que j'étais.
L'idée d'avoir fait échouer une relation qui comptait énormément pour moi me torturait, moralement et presque physiquement tellement sa présence me manquait parfois. Il avait toujours
été là, dans les bons comme dans les mauvais moments. Une présence fidèle et stable sur laquelle je pouvais compter à chaque instant... bref, un ami dans le plus beau sens du terme. Certes, il y
avait eu quelques ambiguïtés, à un moment ou à un autre, mais rien de bien méchant... tout rentrait toujours dans l'ordre. La stabilité revenait, plus forte qu'avant, toujours plus forte...
Alors, me dire que j'avais démoli tout ça, moi, moi seule... c'était affreux !
Et puis, petit à petit, même en reprenant sa métaphore à lui, j'ai réfléchi à certaines choses. En effet, une maison c'est solide si elle est bien construite. Elle peut résister aux tempêtes et
même aux ouragans. En revanche, la laisser à l'abandon, qu'elle soit solide ou non cela finit obligatoirement par l'abîmer sinon par la détruire. Il n'y a qu'à regarder les châteaux, même les
plus forts, qui sont tombés en ruine lorsqu'ils ont été complètement délaissés. Une amitié, c'est pareil. Ca s'entretient, un minimum... comme une maison. Donc, le fait de ne plus donner aucun
signe de vie pendant des mois entiers comme il l'avait fait c'était décider purement et simplement de laisser la maison tomber en ruine, donc il avait bel et bien tiré un trait sur notre amitié,
quoiqu'il en dise pour se dédouaner.
Et près d'un an à l'abandon, je trouvais que c'était "normal" de demander quelques comptes... après tout, ça aurait été plus honnête de m'expliquer, non ? Mais je suppose que c'est difficile de
dire à quelqu'un qu'on ne souhaite plus lui parler... c'est plus facile de l'oublier silencieusement. Je lui avais pourtant tendu une perche en lui expliquant que je pouvais comprendre qu'après
sa rencontre avec sa copine il ne souhaite plus poursuivre notre amitié. Il m'avait dit qu'il tenait à cette amitié et qu'il ne voulait absolument pas que sa nouvelle amie vienne compromettre ce
qui existait entre nous... Bref, beaucoup de blabla pour pas grand chose. Du vent. Un vent glacial qui s'infiltrait partout dans la maison qui tombait en ruine petit à petit...
Tout ça pour dire que certaines personnes ont un certain don pour inverser les rôles et faire passer pour coupables ceux qui ne sont en réalité que des "victimes" afin de ne pas assumer leurs
propres actes, même si ceux-ci sont légitimes dans un sens : il n'était pas lié à moi pour la vie. Il avait le droit de partir. Au nom de notre amitié, il aurait pu le faire d'une façon plus
"noble" mais ça a été son choix et moi, j'ai rué dans les brancards car, dans ces cas-là, je veux toujours une explication... simplement parce que je ne comprends pas qu'on puisse mentir sur un
sujet important comme l'amitié. Ca doit faire près de 10 ans que toute cette histoire est arrivée... et c'est seulement maintenant que je prends conscience que ce n'est pas moi qui ai choisi
de mettre fin à notre amitié, si tant est qu'elle ait existé un jour... et pourtant, la seule qui se soit sentie coupable d'exister et de l'avoir déçu c'était moi... quelle ironie du sort
!