Cher Monsieur le ministre,
Je vous fais une lettre que vous lirez peut-être si vous, ou l'un de vos espions (qui ne viennent pas du froid) arrivez sur mon blog... Je suis une gentille prof qui fait son travail
tranquillement, j'emmerde personne, j'aime pas qu'on m'emmerde non plus. Je suis même pas syndiquée et puis, c'est rare que je fasse grève...pas parce que je suis contre mais parce que je sais
que des grèves d'un jour ça fait juste dire aux média que les profs sont "encore" en grève et ça nous décrédibilise encore plus.
J'ai un blog, certes, mais il est gentil aussi. Je ne dis pas de mal de vous. Je
parle un peu de mes élèves, ces chers petits anges que j'adore et à qui je rêve de mettre des 20 partout tellement ils sont excellents et tellement ils se comportent toujours bien. Je leur fais
des cours à peu près comme vous voulez, je baisse le niveau pour pas que les chers petits soient trop découragés et je fais en sorte de ne pas les rendre trop intelligents parce qu'on ne sait
jamais ce que ça pourrait donner s'ils apprenaient vraiment à réfléchir. Je ne pense pas que continuer à baisser le niveau soit une bonne chose mais, après tout c'est vous qui êtes ministre, pas
moi...
Je n'ai pas l'intention de faire des manifs, d'abord, je suis agoraphobe et en plus, je trouve que ça crie trop... Donc, je suis très sage et vos espions ne trouveront aucun appel à la
révolution, à aucune révolution d'ailleurs. Je ne suis pas leader d'opinion, j'vous jure ! Donc, inutile de perdre votre temps à surveiller mes faits et gestes ou mes écrits... vous y trouverez
surtout des états d'âme et les anecdotes de mon chat, pas de quoi en fouetter un, n'est-ce pas ?
Mais, parce que je suis prof et que bientôt les profs seront tous sous surveillance rapprochée, je comprends bien que mes activités sur le web vous inquiètent alors permettez-moi de vous joindre
une petite image qui devrait suffire à vous rassurer complètement.
Y'avait pas au féminin mais, j'espère que vous ne m'en voudrez pas pour si
peu...
Cordialement
Béatrice ( non, j'ai rien contre big brother, pourquoi ? )
ps : Cette lettre fait suite à un appel d'offre lancé par l'Education Nationale pour trouver des mouchards (rétribués avec nos impôts, évidemment) chargés de surveiller de près les medias dans
lesquels pourraient s'exprimer trop ouvertement des leaders d'opinion. Il s'agit de les empêcher de s'exprimer afin d'éviter tout risque de "contagion" il paraît. Si certains d'entre vous
pensaient que la liberté d'expression existait encore, n'avez-vous pas l'impression que petit à petit elle est amenée à disparaître ?