J'ai encore entendu cette fameuse phrase qui a le don de me mettre hors de moi : "Oh, un enfant sage c'est un enfant malade." Mais bien sûr... C'est d'un ridicule ! Mais surtout ça rassure -ou c'est censé rassurer - quand on a un gosse insupportable. Au moins, il n'est pas malade ! A moins que sa maladie le rende insupportable ? Mais non, voyons, ce n'est pas possible. Donc, sale gosse = gosse en bonne santé et gosse mignon = malade. Simpliste, un peu, non ?
Ma mère a élevé plein d'enfants (elle était assistante maternelle) et ils étaient sages, tous... les garçons comme les filles. Pourtant, pas malades. Du tout. Y'a que moi, dans l'histoire qui étais malade tout le temps. Et j'étais sage. Donc, ça confirme la théorie ? Non. Je n'étais pas sage parce que j'étais malade mais parce que je n'avais pas le droit de faire ce que je voulais, un point c'est tout. J'avais des limites. Je les respectais même si elles ne me plaisaient pas. Parfois, intérieurement, je bouillais. Pourquoi n'ai-je jamais exprimé ce bouillonnement devant ma mère ? Pourquoi ne lui ai-je pas dit en face les insultes que je pensais dans les moments où elle m'interdisais de faire un truc vachement sympa ? Ah ben, oui, j'étais sage mais ça ne m'empêchait pas de penser des choses pas cool quand on m'engueulait. Pas un ange non plus, quoi. Mais jamais de la vie je n'aurais exprimé ça ! D'abord parce que je me serais pris la claque du siècle et que ça aurait été mérité...ensuite, parce que je respectais ma mère plus que n'importe qui. Elle m'interdisait un truc, je trouvais ça injuste, lamentable, dégueulasse et tout ce que vous voudrez mais, je lui obéissais. Oh, quel vilain mot de nos jours !!! Ma mère serait considérée comme une esclavagiste et moi comme une soumise... Et pourtant, non. Ce n'était pas ça. Elle était l'adulte. Moi l'enfant.
Je voulais avoir un chien mais j'y étais allergique. J'ai fait tout un cirque plusieurs fois pour en avoir un, de chien, et chaque fois, j'ai obtenu un refus franc, net et massif. Je détestais ma mère dans ces instants-là. Evidemment. Elle ne me cédait pas. Et elle avait raison ! Qui gérait l'argent de la maison ? Qui savait ce qui était mauvais pour moi, même si je croyais que c'était bon ? Qui s'occupait du ménage ? Elle. Donc, qu'elle ne veuille pas de chien parce qu'on n'avait pas le budget, parce que j'y étais allergique et parce que ça aurait éventuellement sali, c'était normal. Objectivement normal. Ce n'était pas à moi de faire ma loi.
Les grands esprits actuels diront que j'aurais dû me rebeller et exprimer ma frustration quitte à m'opposer clairement à la figure maternelle représentant une autorité injuste et injustifiée... que finalement, j'ai été hypocrite (en plus d'être malade et sage) parce qu'en réalité, je n'acceptais pas les refus mais je m'écrasais devant cette autorité abusive. Mais, c'est ça être parent, non ? C'est mettre des limites ! L'enfant, si on l'écoute, n'a aucune limite ! Il n'a pas conscience de l'argent, des dangers, des ennuis, des conséquences... il n'a conscience que de l'envie qu'il a à l'instant T et qu'il aimerait satisfaire. Le reste, il s'en tape ! Donc, s'il n'y a personne pour avoir les pieds sur terre, c'est la débandade assurée !
Revenons à la belle théorie de l'enfant pas sage donc en bonne santé. Une fois adulte, s'il continue de faire des conneries, c'est aussi une preuve de sa bonne santé ? Les prisons doivent être surpeuplées de gens en super forme, alors ! Etre sage devient un défaut. C'est ça qui me dérange. Un peu comme la timidité qui n'est pas non plus très bien vue. Les grandes gueules qui rigolent bien fort et qui savent s'amuser, c'est pas des gens malades, ça... et ça se voit. Les autres, mmmmh, il faut s'en méfier... soit ils sont pas francs du collier soit ils sont malades et l'un comme l'autre, ça craint.
Une chose est sûre, avec des raisonnements aussi cons que "pas sage = bonne santé", on n'a pas fini de subir ce foutu règne de l'enfant qui un jour ou l'autre, je l'espère, finira par exploser à la tronche de tous ceux qui se prosternent devant l'indiscipline, l'irrespect et l'insolence.
ps : j'ai oublié de préciser que je n'étais pas une enfant martyr, loin de là ! J'avais tout ce dont j'avais besoin, pas toujours ce dont j'avais envie (là est toute la différence). Je n'ai manqué de rien et surtout pas d'amour, de sécurité et d'écoute.