Pendant quelques semaines après mon accident, ou plutôt après avoir repris ma voiture, j'étais systématiquement stressée en arrivant aux
ronds-points. Je regardais dans le rétro pour vérifier qu'aucune voiture n'allait me rentrer dedans au risque de voir à nouveau mon bras se déboîter. D'ailleurs, pour éviter tout risque, je lâchais
le plus vite possible le volant et le levier de vitesses aprè avoir passé la première pour pouvoir quand même démarrer... Je
ressentais une espèce de crainte, d'angoisse et même, à chaque fois, mon bras me faisait presque mal, comme s'il se rappelait de ce choc... Moi qui adore conduire, je n'aimais pas du tout ce
sentiment d'angoisse et j'espérais que ce "traumatisme" ne durerait pas... mais vu que c'était la première fois qu'il m'arrivait un truc en voiture, je ne savais pas trop si ça passerait ou
non.
Et là, depuis quelques jours, ça va beaucoup mieux. Je n'y pense plus. J'arrive aux ronds-points zen... j'ai pris le réflexe de protéger mon bras au maximum et dès que possible mais je ne ressens
plus cette anxiété fort désagréable...
Alors, m'est venue la réflexion suivante : on oublie bien plus vite, on cicatrise bien plus vite les blessures physiques que les blessures morales, non ? Bon, évidemment, je n'ai rien eu de bien
grave, ceci explique peut-être cela. Mais bon, j'ai quand même supporté ma luxation pendant plusieurs heures sous morphine et je peux vous dire que ça fait très très mal... Mais, même si je sais
que mon coude n'est franchement plus très solide, je ne fais pas une fixation sur ce problème. Ça ne m'angoisse plus, ça ne me dérange plus... Pourquoi est-ce différent avec les souffrances morales
? Il m'arrive encore d'avoir le coeur qui se serre en repensant à mon ancien meilleur ami qui m'a balancée comme une vieille chaussette il y a de cela 10 ans... Il suffit que je retourne dans un
endroit où j'avais été avec lui et des souvenirs reviennent, douloureux... moins qu'au début de notre rupture mais quand même... un petit pincement se fait sentir, comme une blessure mal
cicatrisée...
Alors, est-ce moi qui suis encore une fois une étrangeté de la nature ou bien cela vous arrive-t-il aussi d'oublier plus vite une blessure physique qu'une blessure morale ?