Un jour, quelqu'un m'a dit que j'avais disparu. Pourtant, j'étais bien là. Il me semblait être là. Mais ce n'était pas moi. Enfin, pas tout à fait. Il y avait mon esprit. Je m'étais effacée. Je me suis effacée. Petit à petit. Lentement mais sûrement. C'est ça : je m'efface. Je continue. Jusqu'à devenir moins que rien. Si je me perds de vue, c'est normal. Il y a bien longtemps que j'ai disparu. Je suis une ombre, une poussière, un souvenir peut-être. Souvenir de ce que j'étais. Ou de ce que j'aurais pu devenir. Quand tout était encore possible. Je suis devenue floue. Vieille photo ratée planquée au fond d'un tiroir. Un jour, quelqu'un m'a dit que j'avais disparu et je ne l'ai pas cru. Enfin, pas tout à fait. J'ai vaguement cherché sans vraiment me trouver. Comment peut-on s'évaporer ? Comment ? Oh, ça prend du temps... Au début c'est pénible et puis ça devient une habitude. Un rituel. Un réflexe. On n'y prend plus garde. Il n'y a même plus d'effort. C'est naturel. Devenir une absence. Se faire oublier. Et puis, s'oublier soi-même, ou presque. C'est le risque. Jouer, toujours jouer, endosser un rôle, se glisser dans un personnage, dans une sorte de peau trop grande ou trop petite mais ne pas être soi. Jamais. Plus jamais. Ou pas encore. Vieille photo floue que l'on a froissée parce qu'elle était ratée. On aura beau faire, elle restera toujours floue et froissée. Pourtant, dans l'objectif, au départ, l'image était nette. Mais il y a eu ce mouvement de trop. Un geste de la main. Un rire moqueur. Le résultat est là et c'est foutu. Alors, oui, je me suis effacée et j'ai disparu, quelque part entre ce que j'étais et ce que j'aurais pu devenir. Quelque part entre l'objectif et le cliché. Entre eux, avec leurs grandes gueules pleines de mots assassins et moi qui n'avais pas la force de résister. On ne construit rien sur du vide. On reste en suspens, c'est tout.