Etre enfant unique ça a des avantages considérables comme par exemple le fait d'avoir ses parents pour soi tout seul... Moi, j'adorais ça et je
n'imaginais pas vraiment la vie de ceux qui avaient des frères et des soeurs avec qui ils devaient partager l'amour de leurs parents. En plus, j'entendais certains qui me racontaient qu'ils avaient
l'impression d'être moins aimés que leur frère, toujours critiqués, de ne jamais rien faire de bien. Et je me disais que j'avais de la chance car au moins, chez moi, personne ne pouvait me prendre
ma place.
Bon, y'avait aussi des inconvénients, même à l'époque de l'enfance, comme par exemple être toujours seule. Mais aussi ne pas profiter de l'expérience ou de la protection d'un grand frère ou d'une
grande soeur. Vivre en milieu protégé n'apprend pas bien la vie... Je ne peux pas dire que j'ai été élevée dans du coton non plus, c'est
pas ça... mais, un truc tout bête sur lequel j'ai peut-être tort d'ailleurs, mais je n'ai jamais appris à me disputer. Alors, ça va sans doute vous faire rire car vous vous dites que ça ne
s'apprend pas... ouais, je sais pas. En tout cas, lorsqu'il faut se disputer, je suis nulle, je ne sais pas faire, je déteste ça et donc, forcément je ne sors pas gagnante. Vous allez me dire que
je pouvais me disputer avec mes parents... Oui, c'est sûr mais j'aurais pu mais... avec ma mère je ne m'y risquais pas et avec mon père, ça ne servait à rien. Donc, pas appris, sais pas faire...
C'est peut-être tout simplement dans ma nature mais je me dis que si j'avais eu des frères et soeurs, les conflits auraient été inévitables et j'aurais à un moment ou un autre eu un peu
d'entraînement...
Bref, ça c'est anecdotique... mais n'empêche qu'être fille unique a laissé des traces. Une certaine forme d'égoïsme, que j'essaie de maîtriser, je vous rassure. Plus grave, enfin plus
grave plus moi au quotidien, une espèce de "syndrôme" qui consiste à être persuadée que les gens ne peuvent aimer qu'une personne à la fois. Je
m'explique : j'ai du mal à comprendre, à accepter, à imaginer que quelqu'un puisse aimer plusieurs personnes et donc, si l'un de mes amis rencontre quelqu'un d'autre, j'imagine tout de suite que je
passe à la trappe, comme un effet d'élimination par le nouveau venu. On jette l'ancienne, on garde le neuf... Pourtant, je vois bien que je ne fonctionne moi-même pas comme ça et que je suis tout à
fait capable d'aimer plusieurs personnes et de les aimer toutes différemment mais sincèrement. Alors pourquoi cette impression que lorsqu'il s'agit de moi, les gens vont me remplacer à la première
occasion ? Pourquoi cette peur qu'ils rencontrent des gens et qu'ils les aiment au point de se débarrasser de moi? Bizarre mais assez indélébile comme sensation même si j'essaie de me corriger
aussi pour ça... Heureusement que je suis prof et que les corrections ça me connaît !