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Je suis pour l'égalité !

Il y a quelques années, je m'étais pris la tête avec une collègue qui disait que puisque les élèves n'ont pas le droit de mâcher du chewing-gum ni d'utiliser leur portable au collège, les profs ne devraient pas le faire non plus... ni devant eux, logique en quelque sorte (même si, j'en suis sûre, à mon époque, on n'aurait pas trouvé choquant qu'un prof fasse un truc qu'un élève ne faisait pas parce qu'on faisait la différence entre l'adulte qu'il était et l'enfant que nous étions), ni en salle de profs non plus (et limite même pas sur le parking du collège)... et là, pas logique parce que salle des profs = profs = adultes. Mais, poussons cet état d'esprit un chouia plus loin :

- bientôt les élèves ne seront plus notés, donc, les profs non plus ? Eh oui, nous avons chaque année une note administrative et régulièrement une note d'inspection. Si la note est traumatisante, supprimons-la. Quoi ? Ça traumatise oui ou non ?

- certains pédagogo disent que l'idéal serait que les élèves puissent avoir les cours qu'ils souhaitent quand ils le souhaitent. Les profs pourront donc avoir les élèves qu'ils souhaitent quand ils le souhaitent ?

- dans la même veine, si les élèves n'ont pas envie d'apprendre, ils devraient pouvoir faire autre chose. Si je n'ai pas envie de faire cours, je peux ?

- les enfants ne doivent pas avoir de devoirs à faire à la maison afin de profiter au max de leurs activités. Finies les préparations de cours et les corrections de copies sur notre temps libre, alors ?

- lorsque l'élève insulte ou frappe le prof, ce n'est pas la personne qu'il insulte ou frappe mais ce qu'elle représente, sa fonction. Si j'insulte ou si je frappe un élève, ce n'est pas un enfant mais un élève donc sa fonction aussi, non ?

A tout cela, on va me rétorquer que ce sont des enfants, que les profs sont les adultes avec un énorme salaire pour ce merveilleux job. Je suis d'accord (enfin presque... les profs sauront quel(s) adjectif(s) supprimer). Mais alors, il faudrait justement qu'à chaque instant les profs soient considérés comme des adultes avec des droits et des devoirs d'adultes et pas que ça puisse varier selon les délires et caprices des uns et des autres. Déjà, à la base, le prof fait partie de ces gens qui n'est pas sûr de pouvoir faire son boulot et ça aussi c'est un sacré privilège. Demandez-vous, tiens, par curiosité, quelles autres professionnels sont ainsi régulièrement empêchés de faire ce pour quoi ils sont payés... j'en vois quelques uns, mais pas tant que ça en fait. 

L'infantilisation est au coeur de la profession - sans doute parce qu'on travaille avec des enfants, certains mélangent un peu -  et c'est aussi l'un des trucs qui m'insupporte de plus en plus (pas le seul, hélas). A lire certains collègues (pas tous heureusement), on a l'impression que, finalement, les profs sont à égalité... ou non, inférieurs, aux élèves sur bien des points puisque, quand on y réfléchit, les profs doivent avant tout penser à leurs obligations vis à vis des élèves, des parents, de la hiérarchie, des gens en général...et leur droit, en particulier celui de travailler, tout simplement, est régulièrement baffoué. Les élèves, ou plutôt "les emmerdeurs", quant à eux, ont des droits qu'ils ne manquent pas de mettre en avant, jamais. Ils ont aussi des devoirs mais on leur octroie tellement souvent la possibilité de s'en défaire pour ne pas les traumatiser, que, finalement, ils finissent par les oublier.

Bien sûr, les élèves sympa, gentils, polis, respectueux passent souvent à la trappe parce que tout le monde s'en fout (même les profs, justement, qui ont assez à faire à gérer les autres) ! Ils ne se font pas remarquer donc, ils n'ont pas de problème (tu parles !). Les autres, ceux qui ne respectent rien ni personne, qui bousillent les cours (et/ou les profs) et qui sont minoritaires, sont ceux qui profitent à fond du système, ceux qu'il faut protéger, ceux à cause de qui on doit sans cesse "renouveler nos pratiques" et "nous remettre en question"... sans nous demander si ça nous convient et sans se demander si ça convient à la majorité silencieuse des gamins qui ne demandent rien, n'exigent rien et ne demandent, eux aussi, qu'à travailler dans de bonnes conditions.

Je considère, mais j'imagine que j'ai tort, qu'on les a sacrifiés (et qu'on continue à le faire) ces gamins sympa et bosseurs, depuis des années au profit de tous les p'tits cons qui, dans toute leur ingratitude, sont ceux qui, une fois devenus adultes, diront qu'ils ont été malmenés par des salauds de profs et dont on publiera les commentaires dans les magazines de psycho pour démontrer à quel point le prof est nuisible. On se gardera bien de dire combien de profs ont craqué en silence et en privé après avoir eu affaire à ces p'tits cons, combien d'entre eux ont fini par tomber malade ou, pire, combien seront finalement morts de ce mépris affiché et de cette solitude extrême(autre privilège du métier) face à ces mignons petits élèves qui ne font, apparemment, que se défendre. 

Les trucs que je propose plus haut permettraient une vraie égalité, non ? C'est exagéré ? Bien sûr... mais pas vraiment plus que les conneries qu'on peut lire (ou pire, entendre) parfois... 

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J
Deux extraits intéressants qui pourraient alimenter le débat autour de l'école. Le premier, un extrait d'Une Société sans Ecole, d'Ivan Illich : "Tandis que les autres institutions peuvent se présenter différemment d'un pays à l'autre, l'école a partout une structure semblable et se propose, sans que nous en ayons conscience, des objectifs comparables. Elle façonne un consommateur qui n'accordera plus de valeur qu'aux services rendus par les institutions.  L'idée de scolarité dissimule un programme par lequel il s'agit d'initier le citoyen au mythe de l'efficacité bienveillante des bureaucraties éclairées par le savoir scientifique. Et, partout, l'élève en vient à croire qu'une production accrue est seule capable de conduire à une vie meilleure. Ainsi s'installe l'habitude de la consommation de biens et des services qui va à l'encontre de l'expression individuelle, qui aliène, qui conduit à reconnaître les classements et les hiérarchies imposées par les institutions. Et les enseignants essaieraient-ils de s'y opposer que, dans le cadre de l'école, ils ne pourraient rien contre cette volonté secrète, quelle que soit l'idéologie dominante. Ou si l'on veut, les écoles sont fondamentalement semblables dans tous les pays, qu'ils soient fascistes, démocratiques, socialistes, petits ou grands, riches ou pauvres.  Et cette identité nous force à reconnaître que derrière toutes les apparences que le mythe peut prendre, par delà les fables différentes, il est toujours semblable dans le monde entier : il inspire le développement de la production et les méthodes utilisées pour parvenir au contrôle social."   Le second extrait, issu d'un essai intitulé "Le Développement, histoire d'une croyance occidentale" de Gilbert Rist. Il porte sur la notion de pauvreté et le rapport au développement. " Qu'est-ce qu'un pauvre ? La question peut paraître superflue. Pour la pensée ordinaire, le pauvre est celui "qui manque du nécessaire ou n'a que le strict nécessaire, qui n'a pas suffisamment d'argent, de moyens, pour subvenir à ses besoins (Petit Robert). La pauvreté semble donc liée à l'absence de ressources économiques.  Mais bien entendu il n'en a pas toujours été ainsi, il existe de nombreuses manières de définir la pauvreté : le pauvre médiéval s'opposait au puissant plutôt qu'au riche, un personnage riche peut aussi bien passer pour affectivement pauvre et, en Afrique, on considère comme pauvre non pas celui qui manque de biens matériels, mais celui qui n'a personne vers qui se tourner et qui passe pour une sorte "d'orphelin social".  Par ailleurs, puisque la pauvreté est une construction sociale, il faut s'attendre à ce que sa définition varie selon la position qu'il occupe, celui qui la formule. Des occidentaux, ou des développeurs, en visite dans quelques villages d'un pays du Sud affirment souvent que "ces gens là n'ont rien" pour la simple et bonne raison qu'ils sont aveugles à des formes de richesse qui ne font pas partie de leur univers conceptuel. Il y a fort à parier que les gens en question protesteraient vivement s'ils se savaient considérés globalement comme des pauvres. La frugalité collective ne peut être confondue avec la pauvreté. Il ne s'agit pas de faire un éloge Rousseauiste de la pauvreté, mais simplement d'éviter de confondre la simplicité de certains modes de vie avec la pauvreté modernisée, créée par l'extension du système de marché. Cela dit on ne peut pas reprocher aux organisations internationales de réduire la pauvreté à sa dimension économique ni d'ignorer le point de vue des pauvres. Elles reconnaissent que "la pauvreté ne se limite pas qu'au revenu et a un caractère multidimensionnel" et que la situation des pauvres est liée à un faible niveau d'instruction, à des conditions de santé fragiles, à une absence de pouvoir et à une situation générale de vulnérabilité sociale. Par ailleurs la Banque Mondiale a interrogé plus de 60 000 pauvres, dans plus de 60 pays pour savoir comment ils appréciaient leur propre situation.  Dans leurs conclusions, toutefois, ces enquêtes débouchent sur des mesures qui sont bien loin de s'écarter de la doctrine communément admise. Les raisons pour lesquelles les riches s'enrichissent ne sont pas évoquées. Toute la question est de savoir comment les pauvres peuvent devenir de "nouveaux riches" puisque tel est l'objectif final. Les organisations internationales ajoutent donc une dernière pierre à l'édifice pour "régler" la question de la pauvreté : l'injonction à s'enrichir. Il suffisait d'y penser. Après tout, comment se débarrasser de la pauvreté une fois pour toutes sinon en incitant les pauvres à rejoindre les riches, ou à tout le moins, les "moins pauvres" ?"   La conception occidentale de la pauvreté est une pure invention culturelle. Nous avons des impératifs qui estiment ce qu'il serait bon que des "peuples" éloignés de la civilisation occidentale puissent obtenir. Qu'est ce qui nous dit que cela les rendrait plus heureux ? S'ils ont toujours été habitués à vivre ainsi, cela leur convient peut être, nous n'en savons rien. Atteindre les hautes sphères de la société occidentale (avec des métiers hautement valorisés) est-ce le rêve de tous les enfants du monde ? Ne sommes pas nous-même responsables de leur donner envie de suivre notre route en les incitant (via l'école) mais aussi la télévision à devenir ce que nous sommes ?  En l’occurrence, je pense, que nous faisons plus de mal que de bien en voulant à tout prix "développer" ces individus en leur proposant notre modèle de société. De quel droit pouvons nous faire ça ? Nous sommes si supérieurs au point de leur imposer ce qu'il est bon qu'il suivent (sous prétexte que cela nous convient) ?  Je m'inscris en faux par rapport à ces réflexions. Nous n'avons pas la même vision du monde, nous ne devrions pas intervenir dans les habitudes séculaires des populations indépendantes (sauf cas extrême de souffrance, mais ce cas est généralement provoqué par l'impératif de marchandisation que nous leur imposons). Il n'y a pas de fumée sans feu.    Bon la prochaine fois j'écris un bouquin, lol !    
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B
Oui, même si notre école détruit la créativité, je suppose que certains petits gamins y seraient mieux... même si l'évolution est mauvaise, il y a eu des choses positives et, pendant longtemps, l'école en a fait partie. Elle a permis à des gens du petit peuple, dont je suis issue, de ne pas aller bosser à l'usine ou faire des ménages... Ou pire encore rester à la maison en accouchant tous les ans d'un gamin jusqu'à ce que mort s'ensuive. 
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A
Pour illustrer ce que veut dire Do (si j'ai bien compris) :<br /> http://www.dailymotion.com/video/xuivji_we-don-t-need-no-education_webcam<br /> Autant d'enfants qui aimeraient bien être aussi malheureux à l'école que les nôtres...
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D
Mon Dieu, pitié.<br /> Je pensais à des hameaux et villages marocains où l'état n'a pas jugé bon de créer une école. Nous occidentaux n'y sommes pour rien, le but est de laisser le pauvre dans l'ignorance et la pauvreté. Ce pays est un exemple et il y en a d'autres. Et des enfants qui veulent devenir médecin ou avocat par exemple, il y en a là-bas. Et dans quel but: améliorer le niveau de vie, le système de santé. Il existe des villages là-bas où on meurt de froid l'hiver, on meurt en couche: des villages perdus dans la montagne auxquels on ne peut accéder à la saison des neige. Pas de médecin, pas d'école. Pas d'espoir, sinon le fatalisme. <br /> Dans les grandes villes, on retrouve les mêmes travers qu'ici: le superficiel et la vanité. Mais quand même, ça fait mal au coeur de penser que des gosses font une dizaine de kms pour aller à l'école, ou se font violer et battre par leurs maître lorsqu'ils travaillent chez des bourgeois.<br /> Le riche exploite le pauvre ou lui enfonce la tête sous l"eau, pas sûr que ce soit une invention occidentale, ça. L'humain est ainsi, partout.<br />  <br />  <br />  <br />  <br />  
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J
Vidéo à voir : http://www.youtube.com/watch?v=e1LRrVYb8IE
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