C'est en l'écrivant sur face de bouc que ça m'a sauté à l'esprit : ça fait 39 ans que je suis fan de Claude François. Putain, 39 ans !!! Vous imaginez ça ! 39 ans !!! Presque 40... J'entre vraiment dans la cour des vieux ! Quand on a des souvenirs qui remontent à si loin, ça commence à compter quand même... J'avais 4 ans lorsque j'ai été vraiment fascinée pour la première fois par ce chanteur. Je me souviens vaguement d'un jour où je regardais la télé, un numéro 1 ou un Top à Cloclo. Ma mère était dans la pièce d'à côté et je suis allée la voir pour lui annoncer, sans doute avec le plus grand sérieux et la plus grande solennité : "Quand je serai grande, je me marierai avec Claude François". Je suppose que ça a dû bien amuser ma maman. Mais, certainement que du haut de mes 4 ans, j'y croyais vraiment.
Mes parents n'aimaient pas ce chanteur. Enfin, pas trop. Ma mère est une grande admiratrice de Tino Rossi depuis ses 3 ans (on est fidèle dans la famille !) et mon père, lui, je ne sais pas ce qu'il aimait ou pas. Quand Cloclo passait à la télé, chantait et dansait avec ses Clodettes, mon père disait toujours : "Tiens, c'est un asthmatique comme toi, il est essouflé !"Nous regardions ses émissions parce que ma mère trouvait qu'il avait beaucoup de classe et d'élégance même si ses chansons, selon elle, n'étaient pas terribles.
Entre mes 4 ans et mes 7 ans, je me souviens de quelques chansons. J'étais "fan" comme on peut l'être à cet âge... j'aimais bien le voir et l'entendre, c'est tout. Je n'achetais rien, ni disques ni magazines puisque, de toute façon, ma mère décidait de ce que j'achetais... et, bien qu'elle trouvât cet artiste sympathique, elle n'aurait pas mis de l'argent dans l'un de ses disques. A l'époque, nous avions d'autres priorités et moi, dans le fond, je préférais quand même les playmobils !
Lorsque mon beau chanteur blond est mort, en 1978, ça a été un drame... intérieur. Seulement intérieur. Je revois encore ma mère m'annoncer "Claude François est mort." J'ai eu, pour la première (mais hélas pas la dernière) fois de ma vie cette impression horrible du sol qui se dérobe, d'un truc arraché tout au fond de soi... Je suis allée vers la télé en espérant, durant ces quelques secondes, que ce n'était pas vrai. Et puis, il y avait la video d'"Alexandrie, Alexandra" qui passait avec un message défilant annonçant l'accident tragique et la disparition prématurée du chanteur.
A partir de là, j'ai gardé mon secret et le choc que ça avait été. Personne n'aurait compris. C'est à ce moment que mon père a commencé à m'acheter des disques et des cassettes de Cloclo, un peu comme s'il l'avait bien aimé, finalement. Et moi, peu à peu, je me suis enfermée dans cet univers, de plus en plus captivée par les mélodies et la voix de Claude François.
C'est à l'adolescence qu'il est devenu mon essentiel. Ma bouée de sauvetage. Bien dérisoire, sans doute mais tellement nécessaire pour ne pas sombrer. Dans mon entourage, personne ne comprenait... je ne pouvais pas leur expliquer ce que je vivais et les raisons profondes qui faisaient que j'avais besoin d'au moins un "amour", aussi futile et ridicule fut-il à leurs yeux. de toute façon, toutes les attaques renforçaient mon sentiment de solitude absolue et mon obstination à aimer plus que tout cet artiste.
Il a fallu attendre longtemps, l'âge adulte et une certaine maturité pour que cela s'estompe, un peu. Et puis, il aura suffi de quelques fans tellement déjantées et odieuses pour que je mette une certaine distance... pas trop grande mais réelle. Cependant, je n'oublie pas que ce Cloclo m'aura permis aussi de faire de belles rencontres et ça, c'était aussi inattendu que génial !
Alors, voilà, ça fait 39 ans que j'aime Claude François. Oh, aujourd'hui, je ne dis plus que je l'aime plus que tout comme je pouvais le dire à 15 ans, entre bêtise et désespoir. Les priorités ont changé dans ma vie, heureusement ! Il reste cependant toujours là, quelque part, dans un coin, parce que 39 ans, ça ne peut pas s'effacer !