Ce dont je vais parler n'est qu'un détail. Mais tout est détail. Je veux dire que l'important est souvent dans les détails. J'écoutais la radio. C'est rare mais bon, ça m'arrive. C'était les infos. Il y avait un reportage sur les intempéries à Beaune. On expliquait que la grêle avait détruit les vignes. Rien de nouveau sous le soleil, en somme. Sauf... un mot du journaliste qui a attiré mon attention. Ce n'est pas que ça m'a fait bondir. Non. Ce n'était pas une faute de français non plus. Il a juste dit : "La récolte est foutue." Je n'aurais pas réagi si j'avais entendu le viticulteur qui parlait juste avant dire ça. Là, que le journaliste emploie ce verbe qui, quoiqu'on en dise, fait partie du langage familier, voire vulgaire... vulgarité vulgarisée, certes, légère, pas du tout choquante et très habituelle mais... quand même. Il pouvait dire "fichue", "détruite", "réduite à néant"... il a dit "foutue", comme entre potes, comme au quotidien, dans la vie... Et ce n'était pas une émission parodique ni humoristique parce que, là, on accepte la vulgarité même si elle est bien plus crue que ça. Non, c'était juste un reportage. Normal. Banal.
Alors, suis-je ringarde au point de pinailler sur ce mot comme si j'étais devenue prude et coincée ? Non puisque je ne suis pas un modèle de politesse moi-même. Oui, ça m'arrive, y compris en cours quelquefois... parce qu'au quotidien, ça m'échappe. Je ne fais pas tout le temps attention à mon vocabulaire. Et le mot "foutu" fait partie intégrante de mon vocabulaire de base, on va dire. Pourtant, j'ai conscience qu'il ne faudrait pas l'utiliser de trop. Et du coup, l'entendre à la radio, aux infos, par un journaliste qui fait, en principe, sérieusement son travail ça me dérange.
Peut-être un jour aura-t-on des titres sérieux sur ce mode : "Un bordel pas possible à l'Assemblée", "Une connerie faite par ***** (politique au choix)", "un putain de concert de ouf !", "la nouvelle caisse de ****** (marque de voiture aux choix)", "Untel a foutu la merde"... bref, plein de mots du langage familier qui, d'ordinaire, n'ont pas leur place dans les articles ou les reportages sérieux.
D'un autre côté, le français est une langue vivante et les glissements de sens ou les tolérances dans ses emplois sont amenés à se développer pour qu'il continue d'évoluer. On a bien compris qu'il aura du mal à s'élever (vu comment il est traité, ou plutôt maltraité) alors, peut-être faudra-t-il admettre que le vulgaire-léger devienne courant pendant que le vulgaire plus lourd deviendra léger... le soutenu étant, quant à lui, presque foutu !