Lorsque j'étais à l'école primaire, la grande angoisse de mes parents était qu'on m'oblige à faire du sport. En effet, mes crises d'asthme très violentes ne me permettaient pas grand chose et les instits se moquaient un peu de tout ça. Heureusement, ma mère, en insistant, obtenait l'autorisation de me garder à la maison ou que j'aille dans une autre classe (c'est ainsi, d'ailleurs, que j'ai acquis des notions de grammaire plus rapidement puisque je les voyais avec les autres élèves lorsque j'attendais la fin du sport dans une classe supérieure).
Au collège, même angoisse avec un souci de santé supplémentaire. Mon médecin avait fait un certificat médical mais, hélas, les profs de sport ne le prenaient pas au sérieux et moi, pour ne pas trop me faire remarquer (j'avais assez d'emmerdes comme ça !) je jouais le jeu, parfois correctement, parfois pas. Un jour, pour avoir voulu "faire comme tout le monde", j'ai bien failli y passer : je ne pouvais plus respirer. Le prof s'en foutait. Ça le faisait plutôt marrer même. Chaque année, il m'a fallu batailler pour obtenir l'autorisation de ne pas faire de sport, non pas avec le médecin mais avec ces profs qui pensaient que je simulais.
Au lycée, parfait : le prof ne voulait pas d'élèves dispensés pour l'endurance et la gym. Durant 3 ans, j'ai pu rester chez moi sans risquer quoique ce soit. Au bac, pareil, j'ai pris l'option musique mais on n'a pas exigé de moi quoique ce soit de sportif.
A la fac : encore plus parfait ! Là, j'avais choisi mes matières et surtout le sport n'était jamais proposé pour quoi que ce soit. Jamais je n'ai eu besoin de m'expliquer sur le pourquoi du comment, jamais on ne m'a rien imposé.
Concours d'instit : je m'inscris et puis je recule parce que je comprends rapidement que le sport (et les maths mais ça, c'est une autre affaire) sont indispensables pour réussir. Donc, bye bye.
Capes de lettres : cool. Rien de ce genre. Juste de la littérature, un peu de grammaire, d'ancien français, d'anglais. Je deviens prof. Je suis une adulte. Je suis prof de français. Plus jamais on ne viendra me faire chier avec le sport. Mon boulot sera de dispenser des cours de français, tant bien que mal, certes, mais dans une salle de cours, tranquillement à l'abri. Certaines classes sont "sportives" comme on dit mais c'est un tout autre sport dans lequel je finis par me débrouiller un peu.
Je suis dans un collège où sont proposées des options sportives mais je n'en suis pas chargée, évidemment, je ne m'en occupe pas du tout et c'est très bien ainsi. Les gamins sont doués, tant mieux pour eux. Les profs de sport (d'EPS comme on dit...) sont doués aussi, j'en suis heureuse pour eux. Ils s'éclatent, ils ont de la chance et du talent, très bien. Je n'y trouve rien à redire.
Sauf que... depuis quelques années, l'air de rien, la prof de français allergique au sport sous toutes ses formes que je suis se retrouve à nouveau obligée de se justifier. On propose des activités randonnée, kayak, machin, bidule. Je ne peux pas me contenter de dire non. On me regarde de travers, plus ou moins. Que d'autres fassent du sport, grand bien leur fasse. Mais je n'aurais jamais imaginé qu'à mon âge il me faille encore expliquer que je ne peux pas faire de sport, que je n'aime pas ça, que certaines choses dont je n'ai pas envie de parler ne me permettent pas d'en faire. Et chaque année, ça recommence. Je n'ai pas envie de me ridiculiser ou de me faire mal (parce qu'on ne sait jamais mais les sportifs ne me croient pas).
Pour moi, le sport n'a jamais été et ne sera jamais une bonne chose. La dictature actuelle me dérange au plus haut point. Marcher à mon allure, tranquillement, quand je l'ai décidé, pourquoi pas. Mais c'est tout. Je ne peux vraiment rien envisager d'autre. Aller randonner, crapahuter je ne sais où avec des gosses de 11 ans pleins d'énergie et de souplesse (tout ce que je n'ai jamais eu et que j'ai de moins en moins), non merci. Une fois, il m'a fallu abandonner un groupe d'élèves parce que je ne tenais pas à mettre ma vie en danger en sautant d'un rocher glissant à un autre rocher glissant. J'ai déclaré forfait. On me l'a reproché. Sauf qu'au départ, il n'avait jamais été question de ça : le groupe devait passer par la plage, le sable... mais la marée a fait que et je n'ai pas accepté de sauter partout sur les rochers mouillés.
Je me demande ce qu'il faudra que je fasse la prochaine fois, c'est à dire le 1er septembre prochain ! , pour qu'on me foute la paix, qu'on me laisse juste faire mes cours, tant bien que mal. Je ne suis sans doute pas une bonne prof de français mais une chose est certaine, je suis une sportive catastrophique qui, à la base, ne demande rien à personne et tâche, en général, de n'embêter personne avec ses problèmes.