Aurais-je autant détesté, méprisé, honni, vomi, exécré, abhorré le foot s'il n'y avait pas eu cette victoire de 98 et la journée la plus douloureuse de ma vie ? Probablement pas. Je n'aimais pas mais il m'arrivait de regarder des matches avec mon père. Surtout pour partager un truc avec lui, je l'admets mais je regardais. D'un oeil distrait et peu convaincu mais bienveillant.
Ma journée de juillet 98 n'a aucun rapport avec le foot. Ce sport n'a rien à voir avec ce que j'ai vécu mais j'ai reporté ma haine sur ça. J'ai fait un transfert. Du coup, voir et entendre parler de coupe du monde et d'une éventuelle victoire de la France me replonge au coeur de ce drame personnel que j'ai pourtant digéré depuis. Ce que je n'ai pas digéré c'est ce que j'ai ressenti ce jour-là. J'ai tiré un trait définitif sur cette période de ma vie mais, bizarrement, la douleur psychologique -presque physique - je m'en souviens parfaitement. Chaque instant reste gravé au point que j'oublie même les acteurs de ce jour pour ne me souvenir que de ce qui s'est passé en moi. Le foot me ramène à ça, à chaque fois. En temps normal, je n'y pense plus. Si on parle de foot, c'est comme une madeleine de Proust empoisonnée. Je revis mon chagrin et mon envie d'en finir parce que je passais sur le pont au moment où les Français hurlaient leur joie à travers les rues.
Hélas, on ne peut se couper du monde et en ce moment, partout, le foot est présent. Et je crois qu'il vaut mieux pour moi que je crache mon venin sur ce sport que sur moi-même. C'est une question de survie finalement...
Alors, quoiqu'il arrive, jamais je ne me réjouirai d'une quelconque victoire ni du moindre match. C'est trop m'en demander.