Ça doit être grisant de constater à quel point on est populaire quand on a des centaines d'amis. Ça doit être agréable de poster chaque jour des photos de soi sur FB et de recevoir des dizaines de commentaires s'exclamant sur sa beauté. BG comme ils disent : beau/belle gosse. Ça doit être rassurant de lire des textes d'amour pour la vie comme on peut en écrire quand on a 12 ans et qu'on croit que "pour toujours" c'est vraiment vrai. Ça doit être formidable de se voir attribuer des tonnes de coeurs virtuels, symboles de cet amour infini auquel on croit avec la force de l'enfance. Ça doit être réconfortant de lire que quelqu'un sera toujours là si on va mal, si on tombe, si on n'en peut plus, si on pleure... ou si on rit aussi. On doit se construire solidement avec tant de belles choses autour de soi.
Ça doit être atroce d'être celui qui n'est ni populaire, ni beau, que personne n'aime, à qui personne n'envoie des cœurs et pour qui il n'y a jamais personne lorsque tout va mal. On doit être détruit très rapidement, plus rapidement qu'avant encore.
Pourtant, parmi les ados, il y en a forcément qui vivent cet enfer-là. Ce nouvel enfer, celui des réseaux sociaux, celui qui exclut encore plus qu'avant les jeunes (ou moins jeunes) qui ne sont pas tout à fait comme les autres. Celui qui les rend encore plus différents, moins aimés et moins aimables du fait qu'ils ne sont pas amis avec des centaines d'autres jeunes, populaires, beaux et admirés. Je n'aurais pas aimé vivre cet enfer-là.